Architecture contemporaine

L'urban culture
s'invite à Uzès

Alors que le skate est présent pour la première fois de son histoire aux Jeux olympiques de Tokyo, Uzès vient de se doter d’un magnifique skatepark qui n’a pas à rougir de la comparaison avec certains de ses plus emblématiques grands frères de l’hexagone. Inauguré au début du mois de juillet, nous vous convions ici, en compagnie notamment de Stéphane Flandrin, architecte spécialisé, à une visite guidée et commentée de ce nouveau « hotspot » local.

Texte et photos : Vincent Chrétien - D.A. : Béatrice Baulard.

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C’est un signe.
Qu’Uzès n’est pas seulement « La belle endormie » qu’on pourrait croire. Ou que certains prétendent.
Après « L’Ombrière » qui a récemment ouvert ses portes – un projet contesté par certains, plébiscité par d’autres -, et destiné à proposer une programmation artistique annuelle et créer un lieu de vie culturel permanent sur le territoire, Uzès vient de se doter d’un tout nouveau skatepark de 2 000 m². Un vrai. Cet espace s’ajoute à un équipement municipal qui se modernise doucement : une salle de boxe, un mur d’escalade… 

Uzès, « ville de vieux » ? C’est aussi 3 500 élèves scolarisés et 45 associations sportives…

Stéphane Flandrin, architecte et skateur lui-même, revendique ici « une création polyvalente » destinée aux skateurs bien sûrs, mais également aux BMX, rollers et autres trottinettes.
Le coût de ce nouveau et superbe skate-park, situé en plein centre ville sur le complexe sportif André Rancel, est estimé à 600 000 euros (dont 130 000 subventionnés par la Région). Il vient remplacer l’ancien qui n’était de fait qu’un « assemblage plus ou moins heureux de modules ». (Voir le lexique en fin d’article)

Interviewé en décembre dernier par un média spécialisée, Stéphane Flandrin – créateur d’une agence spécialisée à Marseille – expliquait que « le marché des skateparks architecturés a longtemps été en retard de plusieurs décennies en France » ; et « qu’à la différence des États-Unis, ou même de certains pays limitrophes, le domaine skatepark a longtemps été classé comme aires de jeux pour enfants, et, poursuivait-il, que c’est les fabricants de ces aires de jeux qui s’occupaient de leur construction ».  Bien sûr, d’aucuns s’alarmeront une nouvelle fois du « cout exorbitant » et du « bien fondé du projet », mais rappelons qu’Uzès est aussi une ville qui compte 3500 enfants scolarisés, 45 associations sportives, et dont la moyenne d’âge des habitants est de 49 ans.

  

Plus de 20 millions
de pratiquants
à travers le monde…

Le skateboard semble s’affirmer parmi les trois board-sports que sont le surf, le snowboard et le skate, comme une véritable pratique alternative : le skateboard véhicule une image de contre culture sportive soigneusement entretenue par les fabricants de surfwear (vêtements de surf). Depuis, les marques de luxe récupèrent cette image pour attirer à eux une clientèle de plus en plus jeunes.

Etats Unis : 10 millions dont 1,6 millions de femmes, soit 17,1 % des pratiquants, deuxième sport d’intérêt des jeunes américains, d’après une enquête parue dans l’Equipe Magazine

En France, 7 millions de pratiquants de glisse urbaine, dont 1,9 millions pour le seul skateboard répartis de la façon suivante : 900.000 enfants de 6 à 14 ans, et 1.000.000 adultes de 15 à 64 ans.

Les skates et les produits dérivés du skate génèrent quelques 1,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires chaque année.

D’après l’étude « L’économie de la glisse », réalisée par Ronan LEGENDRE pour les comptes de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bayonne-Pays Basque et l’EUROSIMA (European Surf Industry Manufacturers Association.

"Ça nous a tous remotivé..."

Robin, 18 ans, vient de décrocher son bac, et intègrera à la rentrée prochaine une formation en design d’objet à Toulouse. Pour Loléle, il témoigne :

« C’est un ami qui m’a incité à me mettre au skate ; ça fait trois ans et demi, et, je ne me suis pas arrêté depuis. J’ai commencé le skate sous la halle de Saint Quentin avec une planche achetée sur Amazon (rétrospectivement la honte depuis que je connais les bonnes adresses du coin), et j’en ai usé 7 depuis. J’ai fait beaucoup de street au début, mais maintenant je suis plutôt park. La plupart des Uzétiens ont passé énormément de temps sur l’ancien skatepark, et j’y ai plein de bons souvenirs mais sur le nouveau, il a beaucoup plus de possibilités, les modules sont plus variés. Je pense que ça nous a tous remotivés après le Covid qui a empêché la plupart d’entre nous de pouvoir pratiquer autant qu’ils le souhaitaient. Pour ma part, j’avais déjà eu l’occasion de faire quelques sessions sur le park avant le jour de l’inauguration officielle, mais on est tous ravi de la qualité de l’installation. »

En photo : l’architecte Stéphane Flandrin accompagné d’un skateur de la première heure. 

 C’est quoi un bon skatepark ? « Il n’y a rien de normé… »

« Chez Constructo, on ne se lance pas dans la production d’un projet en se disant on va imaginer des éléments à skater, on va les additionner et puis ça va faire une forme, continue notre architecte à double-casquette (portée à l’envers comme il se doit dans « le milieu »). Non, « On fait l’inverse. On va imaginer une pièce architecturale inscrite dans un site qu’on va aménager pour le rendre skatable. Mais notre travail, c’est aussi de trouver les bonnes idées, de faire en sorte que le skatepark transcende le côté équipement sportif pour en faire un lieu de vie et de convivialité. » Dans tous les cas, Stéphane Flandrin et son équipe tentent de concevoir chaque projet avec une identité et une approche qui lui soit propre. 

« Il n’y a rien de normé », finit- il par trancher, « c’est exactement comme pour un terrain de golf ou une piste de ski. Un skatepark est conçu en fonction de la topographie du terrain, des enjeux du programme et des difficultés que tu veux proposer. Mais c’est avant tout le ressenti du pratiquant qui fait la bonne conception (…) C’est pour cela qu’on demande une réunion avec les riders locaux et qu’on leur présente les choses qui sont réalisables en expliquant à chaque fois les tenants et les aboutissants. Pourquoi on peut ou non placer un bowl ici, ce que ça apporterait en plus de placer la partie street là.

Le projet est ensuite orienté en fonction des choix qui ont été faits pendant ces réunions… »

Lexique

Rider : (prononcer « rideur »). Un rider, dans le jargon, est un pratiquant. De façon générale, on utilise ce terme pour l’ensemble des sports extrêmes.
Le skateur est celui qui pratique le skateboard tout simplement.
Les modules de skatepark sont des éléments utilisés pour créer des aires adaptées à la pratique du skate-board, du roller, du BMX ou de la trottinette.

Le street est pratiqué initialement en milieu urbain d’où son nom : street (« rue » en anglais). Mais face à son développement sauvage, les municipalités aménagent de plus en plus des espaces dédiés. Ces derniers reproduisent trottoirs, murets, descentes d’escalier,… Les riders exécutent des sauts, des slides (glisses sur des murs ou sur des barres), avec pour chaque figure un nom spécifique.

Un bowl (de l’anglais « cuvette, bassin ») est un module en forme d’une cuvette plus ou moins profonde aux parois arrondies, construite généralement en béton et entourée d’une bordure en métal (coping). Un bowl peut être composé d’une seule cuvette (en demi-sphère) ou bien d’un assemblage de plusieurs cuvettes (pool) reliées entre elles.

La "presque" plus jeune médaillée des JO

Pour l’instant, les filles sont moins présentes sur le skatepark d’Uzès, pourtant au niveau mondial, leur niveau a beaucoup impressionné les amateurs de glisse par leur technicité et leur énergie. Momiji Nishiya, qui fêtera ses 14 ans dans un mois (30 août) est devenue la première championne olympique de l’histoire du skateboard féminin. Avec la Brésilienne Rayssa Leal (13 ans), deuxième, et la Japonaise Funa Nakayama (16 ans), troisième, ce podium détient le record absolu de jeunesse aux JO (14 ans et 191 jours de moyenne d’âge). La jeune fille d’Osaka n’est cependant pas la plus jeune championne de l’histoire des JO d’été. Le record de précocité est détenu depuis 1936 par l’Américaine Marjorie Gestring, sacrée au plongeon à 13 ans et 267 jours.

 Répondre à la nouvelle donne sportive…

Avec ce nouveau et spacieux skatepark inauguré au début du mois, Uzès, petite ville du Gard de moins de 10 000 habitants, rejoint donc « la cour des grands ». 
Une façon de faire face au besoin grandissant des communes dont la communauté des pratiquants ne cesse de se développer ; une manière élégante surtout de répondre aux nouveaux imaginaires sportifs des plus jeunes générations alors que, cet été, le skate, mais également le surf et l’escalade, rejoignent pour la première fois de leur histoire la longue liste des sports estampillés olympiques.